Je piétine de mes pieds nus devant ma boite aux lettres me demandant combien de temps je vais devoir supporter l'effroyable brûlure du soleil. Il rend le sol comme un tapis de braises ardentes. Pourtant nous ne sommes qu'en milieu de matinée ...
La vieille fille très âgée qui me sert de voisine et qui a pour prénom Yvette, écarte son rideau de dentelle jauni et vieilli par le temps. Et son ½il vitreux dépasse du côté gauche de la vitre, ainsi qu'une mèche de cheveux gris. Elle n'a pas l'air très rassurée. Elle doit sûrement se tâter sur les chances qu'elle a de pouvoir appeler les services sociaux ou l'asile, sans se faire trucider par moi, littéralement ou pas, peut-être même ironiquement, en riant intérieurement de son rire abominablement sec. Bof, Ça lui fera un sujet de conversations au moment ou elle boira du jus de chaussette qui à pour nom « thé » avec ses copines de commérages. Mais bon j'ai quand même pas très envie qu'elle vienne me demander si je suis fou. Non en faite elle ne me dirait pas ça. Ses cent cinquante ans d'absolue chasteté lui auront au moins appris à sortir des choses, des phrases un peu plus subtiles. Elle me dirait plutôt « Mais mon cher Bill voyons, Oui oui pardon Monsieur Kaulitz si vous y tenez Bill ; Si vous voulez à ce point faire un footing commencer par apprendre à ne pas faire du surplace. C'est un conseil d'amie de Tante Yvette. »
Elle m'hérisse tous les poils rien qu'à voir quelques centimètres de sa personne avec toute sa peau flétrie, ses mains osseuses pleines de doigts, qui ont dû tuer plein d'innocents d'après moi. Croisons les doigts pour que je ne sois pas le prochain, sans osé penser à son odeur antiseptique et poussiéreuse mêlée aux effluves de l'ail, comme une vieille seringue retrouvée au fond d'une armoire de cuisine après des générations entières de soupe aux choux.
Mais il est dix heures deux! Il a du retard. Quel petit vilain celui là! Ce n'est pas juste! S'il n'était pas aussi adorablement adorable, je crois que je lui ferai sa fête. Il n'a qu'as arriver à l'heure aussi! Ce n'est pas compliqué d'être là à dix heures précises! Je suis la à griller comme un saucisse, juste pour attendre sa venue divine. Toujours en pyjama en plus... Ah! Le voila! Enfin! Sa petite camionnette jaune et taguée « facteurs », par quelques gentil ados qui se sont souciés des pauvres daltoniens, s'arrête juste devant ma porte. Faisant se tordre brusquement mon estomac.
« Bonjour M'sieur Bill du courrier pour vous ! »
Sa façon de me vouvoyer alors qu'avant il n'y avait pas plus intime que lui et moi me rend toujours légèrement moqueur, mais dans le fond, je le sais qu'il le fait exprès.
Il me tend mon courrier de sa main honnête et réconfortante. Je l'inspecte un instant, des ongles court et blanc comme neige, aucune trace de saleté. C'est sur que distribuer du courrier ça abîme moins que de ramasser les poubelles ... Mais quand même, j'admire toujours ceux qui prennent soin de leurs personnes et particulièrement de leurs doigts et leurs paumes. Je lève mes yeux vers les siens, pour penser à autre chose. Je ricane un instant m'apprêtant à lancer une vanne pour le moins vaseuse.
« Mais Gustav ! Pourquoi tu m'appelles Monsieur ? Je ne suis même pas encore marié! »
Il se force à rire pendant quelques secondes, ne réussissant pas à faire s'illuminer ses yeux. Il est trop gentil. Ça le perdra d'ailleurs. Il n'était pas obligé de rire à ma blague, même pas drôle de toute façon.
Bill soit gentil et ne prolonge pas sa torture! Crie une petite voix au fond de moi. Je tends les bras vers les précieuses enveloppes, et les empoigne vivement, presque violemment.
« Bon et bien à demain Gustav ! »
« Ah non! Demain c'est Tim qui est de service! Désolé mais ma petite dernière a attrapé une bonne grippe et ma femme ne peut pas la garder, elle est allée voir sa tante pour deux jours! À Vendredi plutôt! »
« Oh! Je suis désolé! Tu embrasseras ta jolie petite puce de ma part alors! À Vendredi! »
J'aime bien Tim, sa grosse barbe blanche, ses petites rides aux coins de ses yeux signe qu'il sourit souvent. Sa bonne odeur de tabac parce qu'il fume la pipe, ainsi que sa façon de s'habiller, ne tenant pas compte des couleurs, n'hésitant pas à mélanger du violet éclatant avec du rose saumon plutôt douteux, ou encore du marron dit « caca-d'oie » avec du jaune fluo.
Mais Gustav ...
Gustav on se connaît depuis que j'ai cinq ans, quand lui en avait douze, il me protégeait de ceux qui voulaient me piquer mon goûter ou me pincer l'épaule ou le bras. Il me réconfortait quand je me disputais avec mes copains en m'offrant une bonne part de tarte aux mûres faites par sa mère. L'odeur sucrée des fruits et marbrée de la pâte me revient, dés que j'y songe.
Inconsciemment, un grand sourire se dessine sur mes lèvres lorsque je me rappelle ce qu'il y a dans mes poings serrés, à tel point que mes phalanges me font mal ainsi que mes ongles rentrant dans ma chair à travers le papier, mon poignet tremblant presque sous cet auto torture que je suis incapable de faire cesser tant que je serais dehors. Je me précipite vers la porte de ma maison et la claque une fois que je suis à l'intérieur. La fraîcheur de la pièce me frappe de plein fouet et me rend calme et serein. Je m'assois sur le gros canapé bleu roi de mon salon et desserre lentement mes muscles, entourant le petit tas blanc en forme d'emballage plat. C'est tellement fantastique une enveloppe, c'est une surprise pleines de promesses et de mystère. Ca prodigue une douce appréhension, mêlée à de l'impatience, faisant naître des fourmis aux coins des orteils et les battements accélérés et moite de mon c½ur contre ma cage thoracique. Je les admire, toutes deux, fasciné.
Une lettre de tante Rose. Elle y raconte sûrement ses dernières vacances en Belgique. Toujours pareil. Une petite bronzette avec Georg, son chéri, (qui je ne le cesse de le répéter est beaucoup trop jeune! il a à peine deux ans de plus que moi ! Mais alors, qu'est-ce que j'adore l'embêter! Et puis comme il se laisse faire tout va bien.) Ainsi que quelques soirées et éclats de rire avec sa vieille copine Charlotte. Ça me fait toujours plaisir même si c'est un petit peu répétitif, je la mets de côté, la gardant pour un jour où je n'aurai pas le moral. De toute façon je n'ai pas à lui répondre tout de suite puisqu'il va se passer encore trois semaines avant qu'elle ne revienne dans sa petite maison à la campagne, à trente kilomètres de chez moi (D'ailleurs, elle me manque un peu car elle m'offre toujours de délicieuses confitures qu'elle fabrique, telle une magicienne très douée, par dix pots !).
La voila ! Celle que je cherchais. Je la contemple l'air avide n'osant pas l'ouvrir. Mon rôle est si petit que ça? Je regarde un moment l'air fier l'expéditeur.
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J'inspire très lentement, puis brusquement décachette la languette fine de l'enveloppe, au dessus des deux petites pliures qui retiennent prisonnier ce bout de papier ci précieux à mes yeux ...
Pour la première fois de ma vie, après m'être débattu contre vents et marrées pour devenir acteur j'obtenais un rôle dans une série dont j'ignorais tout sauf que,
☼▪▪J'allais jouer avec le grand Tom Trümper.